Plusieurs vies, un seul fil conducteur
Mener plusieurs vies de front relève souvent du défi. Pour le Dr Fatou Sanogo, pourtant, tout fait sens. Médecin de formation, artiste et entrepreneure, elle refuse de cloisonner ses passions. « Je crois que c’est avant tout parce que ce sont des choses qui me passionnent, qui me parlent et qui ont du sens pour moi », confie-t-elle.
Ses engagements sont nombreux, mais le fil conducteur reste le même : l’humain, la transmission et la volonté de faire bouger les lignes. Elle reconnaît, avec le sourire, qu’il lui arrive de se perdre dans son organisation et de jongler avec la fatigue. Sa capacité à faire dialoguer la médecine et l’art n’en reste pas moins remarquable.
L’art pour éveiller les consciences
Cette double casquette prend tout son sens dans son engagement artistique. Le Dr Sanogo a dirigé l’écriture de « Les violences d’une vie de femme », une œuvre collective et transnationale menée avec l’artiste malien Amadou Baba Cissoko, avec le soutien du Fonds africain pour la culture.

Né d’une réflexion croisée sur la condition des femmes en Guinée et au Mali, le projet met en lumière des violences silencieuses, parfois si banalisées qu’on ne les perçoit plus. À travers le personnage de Hawa, c’est tout un parcours de vie qui est raconté. En tant que professionnelle de santé, Fatou Sanogo mesurait l’urgence de dépasser les chiffres : « Il fallait trouver un moyen d’aller au-delà des données scientifiques pour toucher les consciences. »
Le choix du théâtre et du slam n’a rien d’anodin. L’art a ce pouvoir d’éveiller les émotions et de désamorcer les résistances qu’un discours théorique peut susciter. « À travers un personnage, une histoire, une scène ou un texte de slam, chacun peut reconnaître sa mère, sa sœur, sa fille, sa voisine, ou parfois se reconnaître lui-même », souligne-t-elle.

Pour elle, cette prise de conscience n’est qu’un point de départ. Elle doit être prolongée par l’éducation, le dialogue et l’action collective.
« Une femme qui trouve sa voix peut en inspirer une autre. »
Entre les textes et la réalité, un fossé à combler
Interrogée sur la condition des femmes en Guinée, pays doté de textes protecteurs et signataire de conventions majeures comme le Protocole de Maputo, la médecin pointe un paradoxe persistant : l’écart entre la loi et son application sur le terrain.
Méconnaissance des droits, poids des normes sociales, dépendance économique, peur du jugement : les obstacles restent nombreux. Pour les lever, Fatou Sanogo défend une approche globale : « Il faut agir à plusieurs niveaux : renforcer l’éducation aux droits, sensibiliser les communautés, impliquer les hommes, accompagner les femmes et responsabiliser les institutions. » Elle rappelle aussi que chacun a un rôle à jouer au quotidien, par ses paroles comme par ses comportements.
Oser prendre la parole
Aux jeunes femmes qui hésitent encore à faire entendre leur voix face aux injustices, le Dr Fatou Sanogo adresse un message de résilience. Elle les invite d’abord à un travail sur soi, pour apprivoiser leurs forces comme leurs fragilités, quitte à se faire accompagner.
« Je crois profondément que lorsque nous apprenons à mieux nous connaître et à développer notre potentiel, nous pouvons progressivement devenir ce maillon qui éclaire les autres, qui transmet le courage et qui contribue à briser la chaîne du silence et des violences », conclut-elle.
Une invitation à oser prendre la parole, pour soi et pour celles qui suivront.
CE QU’IL FAUT RETENIR
Qui ? Le Dr Fatou Sanogo, médecin, artiste slameuse, femme de lettres et cofondatrice d’ORATIO.
Son projet ? « Les violences d’une vie de femme », une œuvre collective Guinée–Mali menée avec Amadou Baba Cissoko, soutenue par le Fonds africain pour la culture.
Son message ? L’art éveille les consciences ; l’éducation, le dialogue et l’action collective font le reste.
Fatimag, active, inspirée et authentique.



